Berethor avait fini une nouvelle journée d'entrainement, et avait pû récupérer ses armes auprès du maitre d'armes.
Il était ensuite passé chez lui récupérer ses vêtements d'Hâsharin, qu'il avait recousu dès leur retour du désert. Le fait de s'habiller ainsi consistait en une simple provocation, et représentait qu'il assumait totalement la responsabilité de la mission d'assassinat, tout en rappelant qu'un jour il avait été plus puissant que Elessar même..."Les rois et les seigneurs sont aussi intagibles que le vent, seuls nous autres Hâsharii sommes éternels et inexorables."
C'était ce que Berethor avait un jour dit au Conseil des Hâsharii. Ce que Drôzna avait dit... Et une fois encore cela semblait être de circonstance.*Il faut que j'arrête de renier mon passé. Je suis Berethor et Drôzna. L'un et l'autre sont vivants en moi, et chacun me donne une partie de sa force. Et je dois pouvoir être l'un ou l'autre en fonction des circonstances. Aujourd'hui, je dois être Drôzna, Hâsharin, ancien dirigeant de Harad. Je dois pouvoir garder la tête haute et tenir tête au Roi si nécessaire.*
Une fois la nuit tombée, Drôzna mit sa cape sur ses épaules et attacha son bandeau rouge autour de son cou, comme il le faisait avant de partir en mission pour Umbar.
Il cacha son visage sous sa capuche et prépara ses armes. La première dague, la plus ancienne, à l'intérieur de la cape, du côté gauche. L'autre du côté droit... elles étaient placée de façon à ce qu'il puisse les dégainer rapidement. Celle qu'il avait l'habitude de maîtriser était ainsi disponible pour qu'il puisse s'en servir avec la main droite...
Il plaça aussi ses dards dans la cape, de façon à les sortir rapidement. Il attacha son pic dans son dos, vérifia qu'il pouvait l'utiliser sans problème et quitta son appartement.
Partir ainsi armé pour rencontrer le Roi pouvait paraître étrange, mais Berethor ne savait pas exactement à quoi s'attendre comme réaction de la part des responsables de Minas Tirith.
Il savait que si jamais Elessar appelait des gardes, il aurait du mal à combattre ceux qu'il connaissait, ceux qu'il avait formé... Et il espérait que eux aussi auraient de la retenue. Mais si jamais, Drôzna pourrait s'occuper de survivre...
Berethor traversa les rues de Minas Tirith qui le séparaient de la Cour de la Fontaine, et arriva devant l'Arbre Blanc. Il s'y arrêta quelques minutes... Le symbole du Gondor, aussi fier que le Roi qui le dirigeait, mais beaucoup plus digne.
Avoir renvoyé Imrahil était l'une des choses les plus stupides que Elessar avait eu l'occasion de faire dans tout son règne. Plus principalement lorsque l'on savait qu'il avait uniquement suivi les ordres de Berethor, qui était après tout un supérieur hiérarchique... Et ceux de Drôzna, qui étaient ceux qui semblaient les meilleurs pour protéger le Gondor.
Plusieurs gardes s'approchèrent de Berethor, de façon menaçante, avant de le reconnaître."Que faites-vous ici, capitaine ?"
"J'aimerai avoir une entrevue avec Elessar... ou qui que ce soit dôté de plus de responsabilités que moi dans cette Cité. Il est temps pour moi d'assumer mes responsabilités..."
"Bien sire."
Et les gardes s'éloignèrent, pendant que Berethor regardait toujours l'Arbre.*Oh oui, cher Arbre... tu es plus digne que notre Roi. Toi au moins, tu sais quand il faut se taire...*
Le Garde revint affolé devant Berethor."Sieur Berethor, nous avons un problème !"
Berethor regarda le garde d'un air étonné."Quel genre de problème ?"
"Le Roi ! Il est parti ! Il a juste laissé un mot déclarant qu'il quittait le Gondor... et rien d'autre !"
"Etes-vous sûr que le mot est de lui ?"
"Oui sire ! Il était frappé de son sceau, signé et écrit de sa main !"
"N'a-t-il pû pas être écrit sous l'emprise de la menace ?"
"Venez en juger par vous-même, sire."
Berethor suivit le garde à travers la salle du trone. Sur le siège sacré, il vit un parchemin, qui était réellement écrit de la main de Elessar.
Berethor le récupéra et le lut sous toutes ses coutures. Aucun tremblement, aucune preuve de faiblesse... Ce mot était fiable, et il était la preuve que le Roi avait fui."Alors, sire Berethor, qu'en pensez-vous ?"
"Faites-le examiner par un expert, mais selon mon expérience, il est véridique. Le Roi nous a bel et bien quitté..."
"Mais alors..."
Berethor s'assit sur le trone de l'Intendant. Il était soufflé par la nouvelle... D'abord l'Intendant était parti, puis le Roi lui-même ! Mais quelle folie régnait sur le Gondor ?!"Garde !"
"Oui, sire Berethor ?"
"Que la nouvelle ne se répande pas... La situation au Gondor est fragile, et il ne faut pas l'aggraver."
"Mais que faut-il faire alors ?"
"L'information officielle sera celle-là... Notez-la bien."
Berethor prit son souffle, et dicta ce qu'il fallait au Garde de la Cour de la Fontaine. Prendre cette décision était difficile, mais Berethor n'avait pas le choix. Il fallait assurer la solidité du Gondor, et le départ du Roi n'aiderait pas..."Cette annonce est officielle. Le Roi Elessar est malade. Nous ignorons quel virus l'a atteint, mais son état est grave. Il est cloué au lit, et ne peut plus voir la lumière, car elle provoque chez lui une intense douleur. Dès ce matin, des messagers seront envoyés chez nos alliés pour requérir de l'aide, si une aide est possible. Nous avons foi en la médecine gondorienne, et en celle de nos amis, et nous pensons que le Roi sortira indemne de cette passe difficile. Mais pour le moment, nous ne pouvons pas compter sur sa présence, ni sur ses conseils pour nous diriger. En temps normal, nous aurions quéri l'aide d'Elegost, Intendant du Roi, mais il a quitté le Gondor, et le Roi Elessar à décidé que son départ était irrevocable, de même que celui d'Imrahil. Pour assurer la cohésion du royaume, un Intendant temporaire doit être désigné..."
La voix de Berethor s'arrêta dans son élan. C'était la partie la plus difficile de l'annonce, mais aussi la plus importante..."Ainsi, Berethor, plus haut gradé parmi les capitaines, assurera ce poste le temps que le Roi se remette de sa maladie, ou que l'Intendant ne revienne..."
Berethor s'écroula dans le Siège de l'Intendant. Le Garde le regardait toujours. Il attendait la suite des ordres...*Au moins un qui te sera fidèle, Berethor... Il écrit sans s'occuper de ce que tu lui dis...*
Berethor reprit la parole."Mais cette nomination a uniquement pour but d'assurer que la gouvernance du Gondor soit toujours occupée. Le nouvel Intendant n'apportera aucun changement aux lois, sans l'accord des autres capitaines. Pour ce faire, il désire d'ailleurs les convoquer dès que midi sonnera, dans la salle du trône."
Berethor fit signe au garde de s'arrêter."Tu as une idée de ce que je pourrai rajouter ?"
"Non, Cap..Intendant... Ce message est complet, et explique parfaitement la situation. C'est le mieux que vous pourriez faire. Par contre, il faudra vous attendre à recevoir les émissaires de nos alliés. Ils voudront rencontrer celui avec qui ils devront désormais traiter."
"Alors donne l'ordre de répandre l'information le plus vite possible. Je dois me préoccuper de la guerre et de notre peuple, pas de diplomatie inutile..."
"Bien sire. Je pars faire écrire officiellement cette annonce, et je vais réveiller nos messagers."
"Merci à toi. Au fait, quel est ton nom ?"
"Kenneth."
"Eh bien merci, Kenneth. J'aimerai que tu occupes mon poste, pendant que j'occuperai celui d'Elegost..."
"Sire... j'ai peur de..."
"N'ai peur de rien. Tu sauras faire ce qu'il faut. Et j'aimerais que tu ailles me chercher Theodred. Je dois lui parler."
"Bien, Intendant. Merci."
"Merci à toi..."
Kenneth quitta la pièce. Berethor regarda autour de lui. Il voulait assumer ses responsabilités, eh bien il serait servi ! Intendant du Gondor !
Son regard se perdit autour de lui, vers les statues qui trônaient..."Pourquoi faut-il que le Roi nous abandonne dans une situation aussi critique ? Pourquoi ?! Et pourquoi l'Intendant l'a-t-il suivi dans cette folie ? Répondez-moi !!!"
Le cri de Berethor résonna dans toute la salle du trône. Mais Berethor se raisonna. Il avait fait ça, car il sentait qu'il serait le mieux placé pour s'occuper de tout. Parmi tous les capitaines, c'était celui qui avait le plus d'expérience. Le premier parmi tous ceux qui étaient présents à avoir été nommé. De plus, son grade était le plus élevé parmi eux. Et enfin, argument non négligeable, Berethor avait été Hâsharin, et avait eu entre ses mains un pays tout entier... Et aucune autre personne dans tout Minas Tirith n'avait eu cette expérience auparavant.*Oui Berethor, tu es le mieux placé pour tenir ce rôle... Prie juste pour que tu ne sois pas le dernier des Intendants...*
Mais Berethor n'aimait pas cette responsabilité. Le Gondor était en crise, la guerre était proche, et le peuple n'allait pas tarder à être mécontent.*Quoi qu'il en soit, Berethor, tu dois t'occuper de ce peuple, et essayer d'être un Intendant efficace. Le peuple doit être heureux, et doit pouvoir vivre en paix. Elessar restait là à pourir sur son trône, alors que Elegost se mêlait au peuple. Eh bien il faudra être un second Elegost ! Il faut être parmi le peuple pour savoir ce dont il a besoin. Rester sur son trône est inutile et stupide... c'est au moins une chose que j'ai appris à Umbar.*
Berethor laissa son regard se perdre dans le vide. Il cherchait ce qu'il ferait le lendemain, face à ses camarades, les autres capitaines qui servaient le Gondor... Il leur parlerait, leur expliquerait pourquoi il avait agit ainsi, et quelles seraient les premières mesures, sous le règne "Berethorien". S'ils acceptaient ces mesures, bien sûr.
Berethor ne voulait pas devenir un dictateur. Chacune de ses décisions devraient être prises avec l'accord des autres capitaines, ou lieutenants, dans le cas de Theodred et Amrod. Bien qu'il réservait un rôle différent à Theodred.*Pauvre Theodred... Juste parce que tu lui fais confiance, il va avoir des responsabilités supplémentaires...*
La main de Berethor glissa vers sa dague. Il la dégaina, et la lança vers la table, où la lettre était posée. La dague se planta exactement au niveau des "S" de la signature d'Elessar.
Kenneth entra peu après, et secoua légèrement Berethor, qui s'était endormir sur le siège de l'Intendant."Sire..."
"Excuse-moi, je me suis assoupi..."
"C'est normal, vous venez de subir une pression importante."
Berethor eut un sourire qu'il fit le plus rassurant possible. Ce Kenneth était sympathique, et faisait partie des hommes qui auraient de l'importance dans la suite de l'histoire gondorienne...
Grâce à ce sourire, Berethor prouvait aussi qu'il était encore humain, et pas une machine créée pour donner des ordres..."Oui, importante en effet... Alors, du nouveau ?"
"Oui sire ! J'ai passé le message aux scribes, qui sont en train d'écrire plusieurs exemplaires de l'annonce sur le Roi, votre nomination et la réunion. Ils ont protesté, mais j'ai fait preuve d'autorité, et ils ont fini par obéir."
Kenneth semblait tirer une certaine fierté du fait que les scribes lui aient obéi. Berethor décida de ne pas gâcher sa joie et, au contraire, de le féliciter."Tu as fait du bon travail, mon ami... D'autres nouvelles ?"
"Oui. J'ai écrit plusieurs convocations, pour les capitaines, que j'ai fourni au coursier. Je m'assurerai de le rémunérer dès qu'il aura effectué la livraison. Quant à Theodred, je comptais aller le chercher après vous avoir fait mon rapport."
"Bonne idée... Et les émissaires ?"
"J'ai aussi fourni au coursier une lettre, pour qu'il fasse amener des écuries les plus rapides destriers du Gondor ! Je nommerai ensuite plusieurs de mes camarades pour faire passer les messages à nos alliés."
"Inititative intéressante... je l'approuve, et je t'en félicite, même."
"C'est trop d'honneur. Je vais maintenant quérir Theodred..."
"Quelle heure est-il ?"
"Dans les deux heures du matin..."
"Il va nous tuer... c'est sûr..."
chuchota Berethor, soudainement pris d'un sursaut de rire..."Que dites-vous ?"
"Laisse tomber. Va chercher Theodred, c'est tout..."
"Je suis déjà chez lui, sire !"
Et Kenneth partit en courant. Berethor lui lança un dernier ordre, avant qu'il ne quitte la pièce."Et ordonne aux gardes de surveiller la porte ! Je compte me reposer et, à part Theodred, je n'autorise personne à entrer !"
"Oui, sire !"
Quand Kenneth eût quitté la pièce, Berethor se leva et récupéra sa dague. Il relut la lettre qu'avait laissé Elessar. Elle était claire et nette : le Roi était parti, avait emmené quelques gardes avec lui, et ne voulait pas qu'on le recherche. C'était tout...*Faites qu'Elegost nous revienne vite... Si je savais où il était, je le ferai venir s'occuper du boulot qui lui revient !*
Et Berethor s'assit sur la chaise la plus près de la table. Il ne se considérait pas comme l'Intendant, et nous voulait pas souiller le trône destiné à Elegost plus longtemps... Posant ses bras sur la table, et son visage dans ses bras, Berethor s'endormit en attente de son ami...
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"Les rois et les seigneurs sont aussi intagibles que le vent, seuls nous autres Hâsharii sommes éternels et inexorables."